Le futur de la restauration

splotch in the house

[FR] Sur la route du restaurant où ils vont diner, Paulo et Matt croisent une publicité d’Alloco Mix à taille réelle, montrant une longiligne femme blanche et blonde portant dans sa main un bol de la fameuse préparation à base de banane. Probablement, les créateurs de la campagne ont pensé qu’il fallait mieux s’adapter aux archétypes publicitaires européens à l’heure de vendre des produits africains, estime Paulo. Sur l’arc d’entrée du restaurant, des capteurs d’ondes cérébrales analysent à l’instant l’état d’âme des clients, pour tenter de leur conseiller un menu. Ce soir, les convives sont distendus, et le chef comprend aussitôt qu’il peut s’aventurer avec quelques créations un tant inhabituelles. Des complexes amuse-bouches créés à base de micro-structures d’ADN plié en origami (synthétisés à l’intérieur d’un macrovirus) se fondent délicatement sur la langue comme un flocon de neige. Dans la cuisine, des vraies tranches de viande et de légumes sont cuites sur des boules d’argile chauffées dans un four, une technique du néolithique remise au goût du jour.

Pour quelqu’un comme Paulo, qui ne mange pas souvent de la viande, les blancs fumants de volaille lui évoquent inévitablement la fameuse affaire de la viande de manchot, à la fin des années 2010. À cause du réchauffement de la planète, il est devenu plus facile pour les bateaux de pèche d’accéder aux ressources naturels de L’Antarctique. Ce fut alors au tour des manchots de se faire exploiter en tant que produit alimentaire. Maintenir la viande congelée dans l’Antarctique était très simple, et ils constituaient une source de protéines facile à traiter une fois les petits pieds, la tête et les ailes étaient écartées. Des entreprises Japonaises, Espagnoles et Chiliennes ont été reconditionnées pour commercialiser cette nouvelle proie, qu’elles ont chassé jusqu’au bord de son extinction. Après un nouvel accord international pour les protéger, maintenant quelques centaines d’individus survivent dans des zones délimitées. Progressivement, sa viande a été remplacé par celle de l’iguane dans les ragouts raffinés des grands hôtels, jusqu’à entrainer par la suite une nouvelle pénurie. Mais rien ne dégoûte plus Paulo que le fast-food à base de viande de pigeon, devenues la nouvelle mode urbaine.

L’heure des desserts est arrivée. Des énormes fleurs, crées par des techniques de biologie de synthèse, sont servies dans des petits plats. Paulo prend une et sépare ses pétales avec les doigts, révélant le macaron caché dans son intérieur. Il y a quelques mois, Paulo avait été infecté par un virus mental produisant un végétalisme exacerbé, diffusé sur les réseaux sociaux par un groupe de hackers écoterroristes. Dès qu’il apercevait de la viande (ou n’importe quel produit d’origine animale), il souffrait de sueurs froides. Heureusement, il commençait à s’en remettre, et il retournait déjà à son flexitarianisme habituel. Quant à Matt, il est un chimiovore convaincu. Pour lui, les conservateurs et les colorants artificiels sont un progrès de la science qui a sauvé des millions de vies et relancé des économies entières, et face aux chimiophobes, son activisme militant lui oblige à manger que des aliments avec des additifs aux noms codés. Du coup, le choix de restaurants capables de plaire à eux deux était toujours très limité.

[ES] De camino al restaurante en el que van a cenar, Paulo y Matt se cruzan con un anuncio de Alloco Mix a tamaño real, que muestra una longuilínea mujer blanca y rubia que lleva en su mano un bol de la famosa preparación a base de plátanos. Probablemente, los creadores de la campaña pensaron que era mejor adaptarse a los arquetipos publicitarios europeos para vender productos africanos, estima Paulo. Sobre el arco de entrada del restaurante, captores de ondas cerebrales analizan al instante el estado mental de sus clientes, para intentar aconsejarles sobre el menú. Esta noche, los (invitados) están relajados, y el chef comprende que puede aventurarse con algunas creaciones un poco inabituales. Complejos canapés creados a base de micro-estructuras de ADN plegado en origami (sintetizados en el interior de un macrovirus) se funden delicadamente sobre la lengua como un copo de nieve. En la cocina, láminas de verdadera carne y de verduras son cocinadas sobre bolas de arcilla calentadas en un horno, una técnica del neolítico puesta al orden del día.

Para alguien como Paulo, que no come carne muy a menudo, las pechugas de ave humeantes le evocan inevitablemente el famoso caso de la carne de pingüino, a finales de los años 2010. Debido al calentamiento del planeta, se ha vuelto más fácil para los barcos de pesca acceder a los recursos naturales de la Antártida. Fue por lo tanto el turno para los pingüínos de ser explotados como producto alimentario. Mantener la carne congelada en la Antártida era muy simple, y éstos constituían una fuente de proteínas fácil de tratar después de separar la cabeza, las alas y los pequeños piés. Empresas japonesas, españolas y chilenas fueron recondicionadas para comercializar esta nueva presa, que cazaron hasta el borde de la extinción. Después de un nuevo acuerdo internacional para protegerlos, ahora unos cientos de individuos sobreviven en zonas delimitadas. Progresivamente, su carne fue reemplazada por la de la iguana en los estofados de los grandes hoteles, hasta provocar una nueva escasez. Pero nada disgusta más a Paulo que la comida rápida a base de carne de paloma, una nueva moda urbana.

La hora de los postres ha llegado. Enormes flores, creadas mediante técnicas de biología sintética, son servidas en pequeños platos. Paulo toma una y separa sus pétalos con los dedos, revelando un macaron escondido en su interior. Hace unos meses, había sido infectado por un virus que provocaba un veganismo exacerbado, difundido por las redes sociales por un grupo de hackers ecoterroristas. Cuando veía algo de carne (o de cualquier producto de origen animal) sufría sudores fríos. Afortunadamente, ya esta empezando a recuperarse, y pronto volverá a su flexitarianismo habitual. En cuanto a Matt, es un quimióvoro recalcitante. Para él, los conservantes y colorantes artificiales son un progreso de la ciencia que ha salvado miles de vidas y relanzado economías enteras, y frente a los quimiófobos, su activismo militante le obligaba comer sólo alimentos con aditivos codificados. Así que encontrar un restaurante conveniente para los dos era siempre una tarea complicada.

[EN] In the way of the restaurant where they’re going to have their dinner, Paulo and Matt come across a real-life size Alloco Mix ad, showing a slender, white and blonde woman carrying on her hand a bowl of the famous banana-based preparation. Probably, the creators of the campaign thought that it was better to adapt to European advertising archetypes when trying to sell African products, thinks Paulo. On the entrance arc of the restaurant, brainwave receptors instantly analyze the customer’s moods, to try to help them choose a menu. This night, guests are relaxed, and the chef understands that he can try out some inusual creations. Complex amuse-bouches created from origami-folded DNA micro-structures (synthetised inside a macrovirus) melt delicately on the tongue like a snowflake. In the kitchen, slices of real meat and vegetables are cooked on clay balls heated in an oven, a newly revamped technique from the neolitic.

For someone like Paulo, who doesn’t eat meat so frequently, the smoking poultry breasts inevitably recall him the penguin meat affair, in the late 2010’s. Due to climate warming, it has become easier for fishing boats to access Antartica’s natural ressources. It was then the turn of penguins to be exploited as a food resource. To keep frozen meat in the Antartic was very simple, and they  constituted an easy protein source once the head, wings and small feet had been discarded. Japanese, Spanish and Chilian companies were reconditioned to commercialize this new prey, that they chased to the edge of extinction. After a new international treaty to protect them, now some hundred individuals persist in delimited areas. Progressively, its meat was replaced with iguana’s in the stew of fine hotel restaurants, until a new scarcity arrived. But nothing disgusts Paulo more than fast food based on pigeon meat, a new urban trend.

Dessert time has arrived. Huge flowers, created by synthetic biology technics, are served on small dishes. Paulo takes one and tear appart the petals with his fingers, revealing an hidden macaron inside. Some months ago, he had been infected by a virus that provoked an aggravated veganism, spread through social networks by an ecoterrorist hacker group. As soon as he saw meat (or other animal products) he suffered from cold sweats. Fortunately, he’s already recovering, and soon he will return to his usual flexitarianism. As for Matt, he’s an enduring chemiovorous. For him, artificial preservatives and colours are a progress from science that has saved millions of lives and relaunched whole economies, and facing chemiophobes, his militant activism obliged him to eat only foods with code-named additives. As a result, finding a restaurant that suited them both was always a complicated task.

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