Le futur de l’Europe

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[FR] Le ciel ennuagé annonce déjà les premières pluies de l’automne sur la piste d’atterrissage de l’aéroport d’Orly. Depuis l’effondrement de la zone Euro, la puissance économique de l’Union s’est déplacé vers l’Est, vers les pays où la pénétration de la monnaie avait été moindre et où le développement industriel était encore possible. Des lors, chaque fois que le vent souffle vers l’ouest il emporte avec lui des promesses de pluies acides. En sortant de l’aéroport, Paulo croise des jeunes qui occupent le trottoir devant une chaine bouthanaise de fast-food écologique. Ils sortent de leurs sacs des petits émetteurs qui, bien calibrés, leur permettent d’annuler l’effet des fréquences sonores aiguës (de type « moustique ») censées éloigner les mineurs de certaines zones.

De retour vers la ville, les passagers fatigués se reposent autour de leurs grands et dangereux bagages, capables de lancer des décharges électriques sur les potentiels voleurs, tandis qu’ils regardent des nouvelles sur des projections holographiques autour de leurs têtes. Des musiciens, des mendiants et des acrobates tentent vaguement de capter leur attention, mais ils arrivent à peine à rester repérables dans le brouhaha numérique. Le train aérien traverse le boulevard périphérique, qu’un maire imprudent, dans un moment de panique, avait proposé de transformer en muraille pour séparer le centre de la ville de sa banlieue devenue incontrôlable. Ils passent à côté d’anciens entrepôts de vin, des HLM et des restes de l’ancien réseau de chemins de fer. De son côté, Paulo semble perdu dans des profondes pensées.

L’Europe. Ça fait déjà six ans que Paulo y habite, après avoir quitté son Brésil natal grâce à une bourse d’études. Les gens lui demandent encore « Qu’est-ce que t’a poussé à venir ici ? Il te manque pas, ton pays ? ». À vrai dire, quand il a déménagé, il imaginait déjà ce qui allait lui attendre, mais la perspective d’étudier la sociologie sur le vieux continent l’attirait encore plus que les possibilités de gain rapide. Après tout, les écoles européennes, même si elles sont jugées comme vétustes, conservent encore une partie de leur prestige d’antan. Contrairement à la plupart de son entourage, Paulo ne croit pas en un progrès linéaire et imparable de la civilisation, qu’on pourrait comparer à un machiniste impuissant face à l’avancement du train technologique qu’il est supposé diriger. Plutôt, il croit en la puissance des lobbys, et à l’existence de personnes, bien réelles, qui poussent la recherche et le développement dans l’un ou l’autre sens. Ils sont ce qu’il appelle les meneurs du bateau.

Une demi-heure plus tard, Paulo arrive enfin à sa rue. Il ouvre la porte de son appartement et laisse s’échapper un profond soupir. Malgré tout ce que certains gens puissent penser sur son statut d’immigré, il fait toujours bien de retourner à ce qu’il considère déjà depuis longtemps comme sa véritable maison.

[ES] El cielo nublado anuncia ya las primeras lluvias del otoño sobre la pista de aterrizaje de Orly. Desde la caída de la zona Euro, el poder económico de la Unión se ha desplazado hacia el Este, hacia países donde la aceptación de la moneda había sido menor y en los cuales el desarrollo industrial todavía era posible. Desde entonces, cada vez que el viento sopla hacia el oeste, trae con el promesas de lluvias ácidas. Al salir del aeropuerto, Paulo se cruza con unos jóvenes que ocupan la acera delante de una cadena bhutanesa de fast-food ecológico. Sacan de sus mochilas pequeños emisores que, bien calibrados, les permiten de contrarrestar el efecto de las frecuencias sonoras agudas (de tipo « mosquito ») que están pensadas para alejar a los menores de ciertas zonas.

De vuelta a la ciudad, los pasajeros fatigados descansan alrededor de sus grandes y peligrosos equipajes, capaces de lanzar descargas eléctricas a los ladrones potenciales, mientras miran las noticias sobre proyecciones holográficas alrededor de sus cabezas. Músicos, mendigos y acróbatas intentan vagamente captar su atención, pero a penas consiguen a permanecer visibles en medio del barullo digital. El tren aéreo atraviesa la cintura periférica, que un alcalde imprudente, en un momento de pánico, había propuesto transformar en muralla para separar el centro urbano de su periferia vuelta incontrolable. Pasan al lado de antiguos almacenes de vino, de edificios de protección oficial y de restos de la antigua red ferroviaria. Por su parte, Paulo parece perdido en profundos pensamientos.

Europa. Ya hace seis años que Paulo vive en ella, después de haber dejado su Brasil natal gracias a una beca de estudios. Hay gente que todavía le pregunta « ¿Qué te ha llevado a venir aquí? ¿No echas de menos tu país? ». En realidad, cuando se mudó, Paulo ya imaginaba lo que le esperaba, pero la perspectiva de estudiar sociología en el viejo continente le atraía más que las posibilidades de enriquecerse rápidamente. Después de todo, las escuelas europeas, incluso si son juzgadas como vetustas, conservan todavía parte de su prestigio de antaño. Al contrario de la mayoría de la gente de su entorno, Paulo no cree en el progreso lineal e imparable de la civilización, que a veces podría parecer un maquinista impotente frente al avance del tren tecnológico que se supone que debe dirigir. Más bien, cree en el poder de los lobbys, y a la existencia de personas, bien reales, que conducen la investigación y el desarrollo en un sentido o en otro. Son lo que él llama los conductores del barco.

Una media hora más tarde, Paulo llega por fin a su calle. Abre la puerta de su piso y deja escapar un profundo suspiro. A pesar de lo que cierta gente pueda pensar sobre su estado de inmigrante, siempre es bueno volver a la que considera su casa desde hace ya bastante tiempo.

[EN] The cloudy sky announces the first showers of autumn over the Orly airport’s landing area. After the fall of the Euro zone, the economic power of the Union had shifted towards the East, towards the countries where the currency’s acceptation had been lower, and where industrial development was still possible. Ever since then, each time the wind blows towards the west, it brings with it the promises of acid rain. Coming out of the airport, Paulo gets across some youngsters who occupy the lane in front of an ecological Bhutanese fast-food chain. They take out of their bags small emitters that, once tuned, allow them to suppress the effect of high range sound frequencies (of the « mosquito » kind) planned for keeping minors away from certain places.

Going back to the city, tired passengers rest themselves among their big and dangerous luggage, that can produce electric discharges to dissipate potential thieves, as they watch the news over the holographic projections around their heads. Musicians, beggars and acrobats vaguely strive to catch their attention, but they barely manage to remain visible in the digital hubbub. The aerial train traverses the peripheral belt, that an imprudent major, in a moment of panic, proposed turning into a wall to separate the city center from its suburbs turned out of control. They pass besides old wine storehouses, housing estates and the rests of the old railroad system. For his part, Paulo seems lost in deep thoughts.

Europe. It’s been six years Paulo lives in it, after having left his native Brazil thanks to a scholarship. Some people still ask him « What brought you here? Don’t you miss your country? ». In fact, when he moved here he already imagined what was waiting for him, but the perspective of studying sociology attracted him more than the possibilities of getting rich fast. After all, European schools, even if viewed as archaic, still retained part of their prestige of yesterday. Contrary to most of the people from his environment, Paulo does not believe in the lineal and unstoppable progress of civilization, that could be compared to a powerless machinist trying regain control of the technologic train he’s supposed to direct. Rather, he believes in the power of lobbies and the existence of people, real people, that drive research and development towards one sense or the other. They are what he calls the boat conductors.

Half an hour later, Paulo finally arrives at his street. He opens his apartment’s door and breaths a long sigh of relief. Whatever some people may think on his situation as an immigrant, it always feels good to come back to what he has considered his home for quite a long time.

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