Le futur d’Internet

1015colonnes

[FR] Il est midi, il faut une chaleur de mort, et des « mouches » (c’est ainsi qu’on appelle les erreurs de la réalité virtuel) bourdonnent autour des colonnes publicitaires qui entourent les bâtiments commerciaux comme les troncs d’un figuier étrangleur. Paulo s’assied sur un banc à l’ombre et commence à parler avec Internet. La voix de Internet se fait entendre, très près de son oreille, elle a une intonation douce, sans âge ni genre, mais avec un petit accent brésilien. C’est comme ça que Paulo lui a demandé de lui parler.

Avant, les internautes expérimentaient Internet à travers des écrans plus ou moins statiques, mais à présent il était une expérience neurosensorielle, une deuxième peau à la fois qu’une masse informe qui entoure toutes les structures humaines comme des excroissances disproportionnées. L’avènement de l’internet parlé, impulsé par les grandes puissances africaines, avait aussi totalement changé notre perception du média, qui est passé de l’écran à l’air et de l’œil à l’ouï. L’internet est devenu un griot polyphonique aux mille savoirs, avec lequel on peut discuter directement. Il entend nos histoires, se rappelle d’elles et les raconte plus tard ailleurs. Les usagers voyagent ou se déplacent parmi d’arbres à palabres virtuels, qui sont parfois corrélés avec des lieux physiques par ses créateurs, et en se rapprochant d’eux ils peuvent en extraire leur connaissance. Des nombreuses interactions avec les machines se réalisent encore à partir d’ordres verbales ou des mouvements adaptées des danses africaines, même si ce dernier temps la tendance c’est de les remplacer par des commandes cérébrales (le bruit de fond est toujours trop important pour implanter ce système en dehors des bâtiments).

Avec le temps, l’internet avait fini par développer sa propre personnalité. Il est capricieux, un peu orgueilleux, il faut souvent le flatter pour obtenir ses faveurs. L’une de ses habitudes les plus désagréables c’est de se mettre à essayer d’imaginer ce que les gens veulent lui demander, ralentissant ainsi certaines conversations. Cependant, il est incroyablement puissant, et il est facile d’attirer sa sympathie si l’on sait comment lui parler. Paulo se demande toujours si ce comportement était prévu par ses développeurs ou si c’est une évolution inopportune, un mal mineur auquel on doit se plier si l’on veut toujours l’utiliser. Après quelques marchandages, Internet accède finalement à lui mettre en contact avec un employeur potentiel, et il lui indique le chemin vers le supermarché le plus proche. Paulo se met en route à nouveau.

[ES] Es mediodía, hace un calor de muerte, y las « moscas » (es así como se llaman los errores de la realidad virtual) zumban alrededor de las columnas publicitarias que rodean los edificios comerciales como los troncos de una higuera estranguladora. Paulo se sienta en un banco a la sombra y empieza a hablar con Internet. La voz de Internet se hace oir, muy cerca de su oreja, tiene una entonación suave, sin edad ni género, pero con un ligero acento brasileño. Es así como Paulo le ha pedido que le hable.

Antes, los internautas experimentaban Internet a través de pantallas más o menos estáticas, pero hoy éste es una experiencia neurosensorial, una segunda piel a la vez que una masa informe que rodea todas las estructuras humanas como excrecencias desproporcionadas. La llegada del internet hablado, impulsado por las grandes potencias africanas, había cambiado totalmente nuestra percepción del medio, que pasó de la pantalla al aire y del ojo al oído. Internet se convirtió en un griot polifónico con mil saberes, con el cual se puede discutir fácilmente. Escucha nuestras historias, se acuerda de ellas y las cuenta más tarde en otro lado. Los usuarios viajan o se deplazan entre árboles de palabras virtuales, que a veces están correlacionados con lugares físicos por sus creadores, y cuando se acercan de ellos pueden extraer sus conocimientos. Numerosas interacciones con las máquinas se realizan todavía a través de órdenes verbales o de movimientos adaptados de los bailes africanos, aunque la tendencia actual es reemplazarlos por comandos cerebrales (el ruido de fondo es todavía demasiado importante para adaptar este sistema fuera de los edificios).

Con el tiempo, Internet había llegado a desarrollar su propia personalidad. Es caprichoso, un poco orgulloso, con frecuencia hace falta adularle para obtener sus favores. Una de sus costumbres más desagradables consiste en tratar de adivinar lo que la gente quiere preguntarle, ralentizando así ciertas conversaciones. Sin embargo, es increíblemente poderoso, y su simpatía puede conseguirse fácilmente si se sabe como hablar con él. Paulo se pregunta siempre si este comportamiento fue previsto por sus desarrolladores, o si es una evolución inoportuna, un mal menor que hay que sufrir si se quiere seguir utilizándolo. Después de regatear un rato, internet acepta finalmente a ponerle en contacto con un empleador potencial, y le indica el camino hacia el supermercado más próximo. Paulo vuelve a ponerse en marcha.

[EN] It’s midday, it’s hot as death, and « flies » (that’s how virtual reality glitches are called) are buzzing around advertisement columns that revolve around commercial buildings like a strangler fig. Paulo sits on a bank in the shadow and starts speaking to the internet. The internet’s voice is heard, very close to his ear, it has a soft intonation, it’s ageless and genderless, and it has a slight brazilian accent. Paulo asked it to speak to him like this.

Before, internet users used to experience it through a diverse range of static screens, but today it’s turned into a neurosensorial experience, a second skin and an amorphous mass that envelopes all human structures like disproportionate excrescences. The arrival of the spoken internet, fostered by the great African powers, had totally changed our perception of the medium, that had passed from screens to air and from eyes to ears. The internet had become an all-knowing polyphonic griot, which could be easily reached for discussion. It hears our stories, remembers them, and tells them later elsewhere. Users travel or move among virtual palaver trees, that are sometimes related to physical places by their creators, and when they approach them they can extract their knowledge. Many interactions with machines still rely on verbal orders or movements adapted from African dances, even if the current trend is to replace them with brain commands (background noise is still too strong to apply this system outside buildings).

Through time, the internet had ended developing its own personality. It’s very capricious, a little bit arrogant, usually one has to flatter him to receive his favours. One of his most unpleasant habits is to try to guess what people want to ask it, slowing down certain conversations. However, it’s incredibly powerful, and it’s easy to attract his sympathy if one knows how to speak to it. Paulo has always wondered if this behavior was expected by its developers or if it was an inconvenient evolution, a lesser evil one has to suffer in order to keep using it. After some haggling, the internet finally accepts to put him in contact with a potential employer, and it tells him the way for the nearest supermarket. Paulo gets on the move again.

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