Entretiens FLTM 2008

014fltm1Je récupère une dernière fois la série d’interviews autour des participants du salon des biens culturels autoproduits Fais-Le Toi-Même (FLTM), qui a eu lieu les 27 et 28 septembre 2008 dans le café-cinéma associatif L’Hybride à Lille (France), et qui a été organisé par la maison d’édition Lézard Actif. Il s’agit de six rencontres avec des auteurs du monde éditorial indépendante français, qui sont accompagnées par une autre (réalisée lors du festival IndéBD 2008) avec Albert Foolmoon, organisateur du festival et collaborateur dans la traduction française de ces textes. Une synthèse des propos recueillis serait publiée bientôt dans le prochain numéro du fanzine Pez, en édition bilingue. Merci encore aux participants.

 

 

1 – Albert Foolmoon (Lézard Actif)


 

Albert Foolmoon est un illustrateur. Il travaille dans le monde de l’édition indépendante depuis 2005, date de la création de sa maison d’édition Lézard Actif. Son travail se concentre sur la publication de graphzines (fanzines de dessins) remplis de portraits, accompagnés de textes poétiques, et souvent autour d’un concept (comme le livre Barbus, poilus et autres Chevelues, à la couverture en poils, est une galerie de personnages velus). Depuis septembre 2007, il est le créateur et le webmaster du site DIYzines, un des sites les plus complets dans le référencement des zines. Voici quelques réponses apportées lors de notre entretien.

La production française de fanzines a commencé à augmenter dans les années 80 grâce à la vulgarisation de la photocopieuse. Son récent renouveau est survenu à la suite de l’apparition d’Internet, qui permet d’organiser facilement des réseaux de distributions, des rencontres et même des collaborations entre zines. De même, il est plus facile de faire de la sérigraphie maintenant. En raison de la longue histoire que le fanzinat a derrière lui, il est difficile d’en identifier clairement les diverses tendances.

En Espagne, il existe un grand nombre de fanzines, à mettre en rapport à la France, mais leur vente est beaucoup plus difficile parce qu’il existe peu de magasins qui achètent, contrairement à ce qui se passe dans des villes comme Paris. Pour Albert Foolmoon, un graphzine est une expérience personnelle qui ne s’adresse pas à n’importe quel public. Ses acheteurs sont des personnes particulièrement réceptives au produit qu’ils acquièrent. En particulier dans le cas de graphzines, qui fonctionnent plutôt comme des livres d’artiste. En contrepartie, les artistes se sentent plus libres de publier des contenus et des formats qu’aucun éditeur n’accepterait ; un tirage offset serait économiquement risqué.

Bien que les fanzines français commencent à être reconnus, leurs réseaux d’informations sont encore trop locaux, et il est rare que les gens des différents réseaux se connaissent entre eux. Il convient également de noter le problème posé par les commissions que prennent les libraires.

 

2 – Olivier Allemane


 

En premier lieu, déjà dans le FLTM, j’ai eu le plaisir d’interviewer Olivier Allemane, éditeur indépendant au long parcours, qui a participé à bien des publications indépendantes individuelles ou collectives. Il y a 25 ans, lorsqu’il a commencé à publier ses livres, il n’y avait pas de scène, alors qu’aujourd’hui on trouve un foisonnement dans l’édition indépendante qui sert d’exutoire à de nouveaux artistes.

Dans les années 80, ses livres se faisaient en quelques heures, et cette façon de faire est devenue le point de départ d’un long voyage. Tout le monde photocopiait. Allemane travaillait avec des autres collaborateurs dans un journal appelé Crime Sex, qu’ils éditaient eux-mêmes.

Les tendances qu’il observe dans cette multiplication du nombre d’éditeurs est à mettre en relation avec l’apparition de petites écoles de dessin. Il distingue aussi un rapport entre la forme et le contenu des publications qu’il distingue en deux courants généraux.

D’un coté, on a les gravures, de contenu satirique et sans prétentions, faciles à comprendre (« low-brow », comme diraient les anglophones) ; de l’autre coté on trouverait les dessins, qui pendant les années 80 étaient très simples, alors que durant les années 90 ils sont devenus plus sauvages, « écartelés », mais aussi plus créatifs, ce qui a entrainé de nouvelles expériences. Durant les années 90 est apparue une école de dessin très pur, flottant dans l’espace improbable du blanc de la page. Alors que récemment on assiste à un retour de la peinture, Allemane a créé une nouvelle revue pour la soutenir, Freak Wave, radicalement orientée vers la peinture et la poésie.

 

3 – Anne van der Linden


 

Anne van der Linden, participante du salon FLTM, publie (mais n’édite pas) ses livres depuis 1995 chez des éditeurs indépendants (Cbo, United Dead Artists, les Editions de l’Usine, etc.) et diffuse également son travail grâce à ses contributions à plusieurs revues comme Vertige.

Selon elle, les différentes variantes actuelles de la sérigraphie (et de l’édition alternative en général) seraient la transgression (comme les éditions Le Dernier Cri ou Bongout) ou la subtilité. Dans ce dernier cas, il y aurait une évolution vers une expression plus douce et élaborée, typique de l’art contemporain ( Frédéric Magazine).

Ils restent très peu d’éditeurs indépendants, comme ceux qui existaient dans les années 80, aujourd’hui, on trouve souvent des œuvres plus « professionnelles » qui se vendent même dans des librairies conventionnelles. Pour s’auto-publier il faut de l’énergie, la connaissance des techniques et un peu d’argent. Malheureusement, les contraintes de la vie adulte empêchent la plupart des gens de le faire.

La peinture d’Anne van der Linden est qualifiée par elle-même comme « expressionniste et psychologique ». Ses œuvres ont une forte charge sexuelle qui peuvent choquer. Son objectif n’est pas le scandale mais de recourir à des métaphores comme un puissant moyen d’expression.

 

4 – José María González (Rouge Gorge)


 

Un autre entretien réalisé durant le salon Fais-Le Toi-Même concerne les Éditions Rouge Gorge, qui ont été fondées par deux artistes : Antonio Gallego et José María González, née d’une forte envie de montrer leurs dessins. L’un des objectifs de Rouge Gorge est la publication d’une revue homonyme qui se trouve à mi-chemin entre le livre d’artiste et le graphzine.

Le premier numéro de la revue a été autoédité par les deux auteurs, alors qu’aujourd’hui chaque nouvelle publication rassemble de 20 à 30 artistes amateurs de dessin. Les contributeurs ont tendance à travailler dans différents domaines de la création graphique (animation, graphzines, design, etc.). Chaque numéro est donc une expérience sur la façon dont les différentes approches du dessin peuvent coexister dans un même recueil. Par exemple, le cinquième numéro contient des images de dessins très épurés en noir et blanc qui sont introduits dans le paysage sous la forme d’art urbain, mais dans un style totalement éloigné du graffiti.

La sortie de Rouge Gorge est apériodique, mais elle est souvent accompagnée de l’organisation d’une exposition, ou sort peu après. En 2005, ils ont monté une exposition à Lille, aussi appelée Rouge Gorge, dans un esprit que l’on peut qualifier de « renouveau du dessin ». Ce mouvement émerge grâce aux dessinateurs, mais aussi aux collectionneurs, aux librairies et aux galeries qui distribuent les livres.

Alors que durant les années 90 la photographie, les installations et la vidéo ont dominé le monde de l’art, l’avènement d’une nouvelle décennie a été marqué par un retour de l’image et, avec elle, de l’expression.

 

5 – Bartolomé Sanson (Éditions Kaugummi)


 

Les Éditions Kaugummi (chewing-gum en allemand) sont une maison d’édition et de distribution basée à Rennes (France) et dirigée par Bartolomé Sanson depuis 2006. Tous les six mois il publie un livre collectif, ainsi que des projets individuels. Il distribue aussi des livres d’autres éditeurs (surtout de France, du Japon et des États Unis).

Le changement qu’il peut observer dans le fanzinat est une prolifération des graphzines, imprimés en photocopies (techniques d’impression majoritairement utilisées dans les années 80 / 90) mais aussi en offset, ce qui marque une certaine forme de professionnalisation de la part de certains éditeurs (comme c’est le cas pour Frédéric Magazine par exemple).

Le problème majeur est, comme ailleurs, la distribution des livres. Ses éditions réussissent à se vendre ailleurs qu’en librairies spécialisées grâce aux possibilités qu’offrent internet, essentiellement parce que ce sont des livres de dessins, donc sans mots, et qu’ils peuvent donc être compris par un public international. Pour Bartolomé, la solution consisterait dans la vente de ces livres dans des librairies d’art contemporain et librairies de musées, comme cela se pratique aux États Unis, où ils sont mieux reconnus et beaucoup plus visibles qu’en France.

 

6 – Philémon (Dzo Postal)


 

Le Dzo est un animal himalayen, mi vache, mi yak. Le Dzo Postal est un projet hybride. Il présente une collection de livres d’artiste planifiée par Philémon et réalisée en collaboration avec des artisans indiens des villes de Dehli et Pondichéry. Fédérés autour d’un projet éditorial commun, les artisans participant travaillent normalement dans la production de tampons, papier, enseignes, photographies, tatouages… Cette initiative a donc permis d’intégrer quantité de professions autour de 4 livres artisanaux.

Par exemple, Philémon a demandé à un écrivain public d’écrire un texte sur la colombophilie (élevage de pigeons). A partir de ce texte – écrit en hindi – les artisans volontaires proposent des interprétations graphiques. « Ainsi, dans chaque livre, il s’agissait de jouer avec les contraintes locales ; s’adapter aux techniques et aux moyens d’expressions, comme les affiches de cinéma à Pondichery éditées avec une presse lithographique datant de 1860. »

Les artisans était rémunérés. Les livres résultant étaient en partie distribués aux acteurs du projet, tandis que d’autres étaient postés à l’étranger ; envoyés par courrier à des souscripteurs, générant automatiquement un exemplaire d’art postal. Ces livres-objets de même que les épreuves originales des artisans (gravures, aquarelles, textes, tampons…) sont en ce moment exposés en France.

La première phase de Dzo Postal a été réalisée en 2007 durant 5 mois, et la seconde phase devrait avoir lieu à Taïwan en 2010, produisant un résultat très différent dû au changement de contexte culturel.

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